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Vignobles en mutation : tiers-lieux et hybridation comme leviers d’un nouveau modèle pour l'oenotourisme

  • Photo du rédacteur: Charlotte FOUGERE
    Charlotte FOUGERE
  • 26 mars
  • 7 min de lecture
oenotourisme, tiers-lieux, hybridation

Les espaces viticoles ont connu, au cours des dernières décennies, une première transformation liée au développement de l'oenotourisme. De lieux exclusivement dédiés à la production, caves et chais sont devenus des espaces de visite, de dégustation et d’événementiel. Cette évolution, bien que structurante, reste largement inscrite dans une logique d’accueil, fondée sur des usages ponctuels et des flux de visiteurs


Dans le même temps, le modèle viticole est confronté à des mutations profondes. Le vin s’inscrit moins dans les pratiques quotidiennes, les nouvelles générations entretiennent un rapport plus distancié à l’alcool et les attentes se déplacent vers des expériences collectives, culturelles et incarnées. Les domaines doivent simultanément diversifier leurs revenus, renforcer leur ancrage territorial et renouveler leur image, alors que la logique de visite traditionnelle atteint ses limites.


Dans ce contexte, une transformation plus large des pratiques territoriales s’observe, marquée par l’émergence de lieux hybrides mêlant travail, culture, sociabilité et production. Cette dynamique peut être éclairée par la notion de tiers lieu, introduite par Ray Oldenburg dans The Great Good Place publié en 1989. Il y décrit des espaces intermédiaires entre domicile et travail, caractérisés par leur accessibilité, leur rôle social et leur capacité à favoriser les interactions informelles. Cette notion a ensuite été réappropriée par des initiatives de terrain, notamment à travers les fablabs, les espaces de coworking ou certains lieux culturels, avant d’être progressivement structurée et accompagnée en France par l’action publique. Le réseau France Tiers-Lieux recense aujourd’hui plus de 3 500 tiers lieux sur le territoire national, dont près de deux tiers situés hors des grandes métropoles et environ un tiers en milieu rural. Ce mouvement a été soutenu par le programme « Nouveaux lieux, nouveaux liens », lancé en 2019, qui a mobilisé plus de 130 millions d’euros pour accompagner leur développement.


L’hybridation des espaces viticoles apparaît dès lors comme une réponse stratégique. Elle permet de sortir de modèles œnotouristiques standardisés, de construire des lieux singuliers, d’attirer de nouveaux publics, notamment les jeunes générations, de reconquérir des clientèles locales et de réinscrire le vin dans des pratiques sociales contemporaines.


I. Le tiers lieu, un modèle qui transforme la relation au vin, au lieu et aux publics


Le tiers lieu repose sur une logique d’usage et de fréquentation régulière. Il ne s’agit pas d’un espace conçu pour être visité ponctuellement, mais d’un lieu dans lequel on revient, que l’on pratique et auquel on s’identifie. Cette distinction est déterminante dans le contexte viticole, où l’accueil reste encore majoritairement pensé comme une expérience ponctuelle. Les travaux de Ray Oldenburg mettent en évidence le rôle des interactions sociales et de la régularité de fréquentation. 


Les approches contemporaines, notamment celles portées par France Tiers-Lieux, ont élargi cette définition en intégrant des fonctions variées telles que le travail partagé (coworking), la programmation culturelle, la formation, l’entrepreneuriat ou l’engagement associatif. Ce modèle introduit ainsi une évolution majeure. Le lieu n’est plus structuré uniquement par une activité principale, mais par la combinaison d’usages complémentaires. Il devient un espace dans lequel coexistent différentes temporalités, différents publics et différentes pratiques.


Dans les territoires ruraux, ces lieux jouent un rôle structurant. Ils contribuent à recréer des espaces de sociabilité, à soutenir des dynamiques économiques locales et à fédérer des communautés d’acteurs. Appliquée aux vignobles, cette logique permet d’élargir la base de fréquentation, de renforcer les liens avec les habitants et de sortir d’une dépendance exclusive aux flux touristiques. Elle permet également de transformer la place du vin. En l’inscrivant dans des usages contemporains, collectifs et culturels, elle contribue à renouveler son image et à le reconnecter à des pratiques sociales plus larges.


II. Des formes d’hybridation encore émergentes dans les territoires viticoles


Dans les vignobles, l’hybridation reste encore largement en construction. Si de nombreuses initiatives existent, elles relèvent souvent d’une diversification de l’offre plus que d’une transformation complète des lieux.


Certains sites situés au cœur des destinations viticoles évoluent vers des formes d’hybridation avancées, même lorsqu’ils ne relèvent pas directement de la production de vin. LE MANOIR EQUIVOCAL en constitue un exemple particulièrement éclairant. Situé au coeur de la Côte de Nuits en Bourgogne, il ne s’agit pas d’un domaine viticole, mais d’un lieu implanté dans un environnement fortement structuré par le vignoble et travaillant en lien étroit avec lui. Le site associe hébergement, événementiel, résidences d’artistes, activités pédagogiques, présence d’une agence d’architecture et programmation culturelle, notamment à travers le festival Volcan de Nuits, créé en collaboration avec plusieurs domaines. Il accueille également des scolaires, des associations et des acteurs économiques, et intègre une activité agricole biologique complétée par une forêt comestible. L’intérêt du projet tient à son fonctionnement global, et a su créer un écosystème résilient avec un modèle économique pérenne. Le lieu vit toute l’année, avec des usages variés et des publics diversifiés. Il ne repose pas uniquement sur l’accueil touristique, mais sur une combinaison d’activités qui structurent sa fréquentation.


D’autres projets, comme celui du Le Cellier de Marius Caïus en Provence, s’inscrivent dans une logique de reconversion plus structurée. La transformation d’un ancien corps de ferme en lieu hybride a supposé une réflexion approfondie sur la programmation, les flux et la complémentarité des usages. L’objectif a consisté à créer un lieu capable de fonctionner toute l'année, en combinant production viticole, activités culturelles, événementiel et services aux usagers (restauration, caveau, visite immersive, boutique, bureaux, salle de séminaires, hébergements en location). Le projet est en cours de développement avec l'assistance de CALICE Hospitality and Wines


Parallèlement, des lieux situés à proximité du vignoble participent à cette dynamique. Des espaces de coworking comme ceux du réseau La Réussite est dans le Pré montrent comment un lieu initialement dédié au travail partagé peut accueillir des formations, des événements, des activités de conseil ou des pratiques liées au bien-êtreCes lieux contribuent à structurer des communautés locales et à diversifier les usages. Ces initiatives témoignent d’une évolution réelle, mais encore partielle. La plupart des domaines viticoles restent aujourd’hui dans une logique d’accueil ponctuel. Le passage à des lieux de vie structurés par une programmation continue et une diversité d’usages constitue encore un enjeu d’avenir. 


III. L’hybridation comme réponse aux mutations des clientèles et à la recomposition de la relation au vin


L’évolution des espaces viticoles vers des lieux hybrides s’inscrit dans une transformation profonde des comportements et des attentes. Les résultats récents du baromètre 2026 de SOWINE, croisés avec les analyses de Vin & Société, mettent en évidence un déplacement du vin dans les pratiques sociales. Le vin reste une boisson de référence, mais son rôle évolue. La convivialité est citée par près de 4 consommateurs sur 10 comme l’une des principales motivations de consommation, au même niveau que le goût. Cette donnée traduit un basculement important. Le vin n’est plus seulement attendu pour ses caractéristiques intrinsèques, mais pour le contexte dans lequel il est consommé. Ce déplacement s’accompagne d’une transformation des lieux de consommation. Le restaurant constitue aujourd’hui un espace central, cité par une large majorité de consommateurs. Le vin s’inscrit de plus en plus dans des environnements collectifs et scénarisés.


Ce basculement est particulièrement marqué chez la génération Z. Les analyses de Vin & Société montrent que cette génération entretient un rapport plus distancié à l’alcool, avec des pratiques plus modérées et plus sélectives. Elle privilégie des expériences accessibles, collectives et porteuses de sens. Le vin ne constitue plus un référent culturel évident et doit s’inscrire dans des environnements compatibles avec ses usages. Dans ce contexte, l’hybridation des lieux apparaît comme une réponse directe. Elle permet de créer des espaces dans lesquels le vin s’intègre à une expérience plus large, associant sociabilitéesthétique et diversité des pratiques. Des initiatives comme Trafic Bar illustrent cette évolution en lien direct avec les attentes de la génération Z. Le concept repose sur l’organisation de dégustations festives itinérantes dans les vignobles, structurées comme des événements. Les participants dégustent plusieurs vins dans une ambiance musicale et collective. Ce format transforme la dégustation en expérience sociale.


À l’international, cette dynamique se retrouve dans des lieux comme Tank Garage Winery. Installé dans une ancienne station-service reconvertie, ce lieu associe bar à vinboutique et programmation artistique dans un univers inspiré de la culture urbaine. Les vins y sont proposés en séries limitées, avec un travail fort sur le design et la narration. Le lieu attire une clientèle locale et touristique plus jeune, en proposant une expérience décalée par rapport aux codes traditionnels. Ces évolutions montrent que l’attractivité des domaines viticoles dépend désormais de leur capacité à proposer des lieux dans lesquels les publics peuvent vivre des expériences, se rencontrer et s’inscrire dans des pratiques contemporaines.


Notre conviction est que l’hybridation des espaces viticoles s’inscrit dans une transformation progressive, encore incomplète, du modèle œnotouristique. 


Les initiatives existantes en montrent les prémices, mais le passage à des lieux de vie pleinement structurés reste encore limité au sein des domaines eux-mêmes. Dans un contexte de mutation des pratiques et des attentes, cette évolution constitue un enjeu stratégique pour les destinations viticoles. Elle permet d’élargir les publics, de renforcer l’ancrage territorial et de construire des modèles économiques plus diversifiés, et in fine sans doute plus résilients face aux crises et aux défis actuels de la filière. Elle ouvre également la voie à une différenciation plus forte, en permettant à chaque lieu de développer une identité propre, en lien avec son territoire, ses usages et ses publics. L’hybridation apparaît ainsi comme une trajectoire de transformation encore émergente, mais appelée à jouer un rôle déterminant dans l’évolution des vignobles.


Vous réfléchissez à faire évoluer votre domaine ou à structurer un lieu hybride dans votre territoire viticole ? CALICE Hospitality and Wines vous accompagne dans la définition et la mise en œuvre de votre projet. Nous serons ravis d’échanger avec vous.


 
 
 

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